Fin de tournée.
Pardon, précisons. Fin de tournée en voilier.
Précisons encore. Fin d’une tournée de huit mois en voilier, 6 000 milles parcourus des Canaries à la Nouvelle-Écosse, en passant par les Caraïbes, les Bahamas, l’ICW, New York et le Cape Cod.
6 000 milles, dont 4 500 sans pilote auto.
23 concerts, huit équipiers embarqués ici ou là, quelques avaries et des trucs pétés : le pilote auto, le soufflet du vérin, le waterlock, un orteil au pied gauche, un coude d’échappement.
23 concerts, huit invités, quatre nouvelles chansons enregistrées, 31 250 formulaires de douane, sept rendez-vous chez le véto (pour les formulaires de douane), 12 pays, sept langues et tout le reste qui n’est pas quantifiable, heureusement.
Et puis toute cette eau, cette eau salée, cette eau saumâtre, cette eau turquoise infestée de requins, cette eau brune des mangroves, cette eau vaseuse, cette eau reflet de fond de baie, cette eau-marais, cette eau-océan-profond, cette eau-déferle qui fiche la frousse.
Il a fallu avoir la joie solide dans toute cette flotte.
La joie solide, celle qui ricane sur les pontons, qui te lâche pas dans la baston. La joie solide. Malgré cette sale fatigue de fond de cale, celle qui te dessine le sourire toujours plus grand que les cernes. Fin de tournée, retour à terre, cet air hagard :
la joie solide
et la fatigue qui ont creusé
deux grands sourires sous le regard.





















